lundi 28 février 2011

Poésie ...




Boubat ne « prend » pas ses photographies, il les reçoit. Il les accueille. Quant à connaître précisément ce qui est ainsi accueilli, c'est impossible. Le savoir que nous avons d'une chose enferme cette chose sur nous-mêmes. Dans l'accueil, c'est le mouvement inverse: nous sommes ouverts à l'autre et, pour tout dire, nous sommes un peu perdus. Boubat ne connaît pas tout ce qu'il voit, pas plus que je ne comprends tout ce que j'écris. Le meilleur de nous arrive toujours à notre insu.


BOBIN, Christian. BOUBAT, Edouard. Bobin-Boubat Donne-moi quelque chose qui ne meure pas. Gallimard, 1996. page entre les photos « Mexique 1960 » et « Mexique 1980 ».

vendredi 18 février 2011

Un instant ...





Nu provençal, saisi pendant l'été torride de 1949, dans une maison en ruines, à Gordes. Ronis a décrit précisément ce qui s'est passé (et il s'agit bien d'un roman rapide) : « Je bricole au grenier et il me manque une certaine truelle restée au rez-de-chaussée. Je descends l'escalier de pierre qui traverse notre chambre au premier. Sortie de sa sieste, Marie-Anne s'ébroue dans la cuvette (on va chercher l'eau à la fontaine). Je crie: « Reste comme tu es ! » Mon Rolleiflex est sur une chaise, tout près. Je remonte trois marches et fait quatre prises, les mains tachées de plâtre. C'est la deuxième que j'ai choisie. Le tout n'a pas duré deux minutes.
C'est ma photo fétiche, parue depuis lors sans discontinuer, ici et partout.
Le miracle existe. Je l'ai rencontré. »
La composition est magistrale, elle dit la vraie joie de vivre dont notre époque est si tragiquement et piteusement dépourvue. Là encore, musique: le miroir, la cuvette, le petit tapis, les craquelures du sol, voilà des cercles qui ne demandaient qu'à dialoguer. La fenêtre ouverte, le volet, le mortier, le pichet, la chaise se répondent dans la verticale (cette photo aurait ravi Cézanne). Tout vit, tout vibre doucement et veut être vu. Le corps nu est la résultante de cette magie matérielle. La lumière est là pour dire l'harmonie indestructible de l'ensemble (soleil sur les épaules, bénédiction du temps). On est tellement loin de l'imagerie exhibitionniste et grimaçante d'aujourd'hui qu'on se demande si ce conte de fées a pu exister. Ronis parle de « miracle ». Il a raison, c'en est un que seul celui qui en a vécu un semblable peut comprendre. 

Willy Ronis , Philippe Sollers 

jeudi 17 février 2011

Poésie en images



                                                Edouard Boubat


A l'instant de "prendre" la photo, Boubat s'efface et c'est l'ange qui appuie.

Christian Bobin


lundi 14 février 2011



Le chant perceptible aux oreilles du corps est l'enveloppe exotérique d'une inéffable et suave mélodie céleste.


Vladimir Jankélévitch ( La musique et l'inéffable ) 

mercredi 9 février 2011

Aurore




Celui qui va jusqu'au bout de son coeur connaît sa nature d' homme. Connaître sa nature d'homme c'est alors connaître le ciel

Mencius
 

lundi 7 février 2011

Dialogue



J'aime appuyer ma main sur le tronc d'un arbre devant lequel je passe, non pour m'assurer de l'existence de l'arbre - dont je ne doute pas - mais de la mienne.

  Christian Bobin 

mercredi 2 février 2011

Au bord du temps...



La nature est un livre qui est ouvert en permanence, et c'est le vent qui en tourne les pages.

Christian Bobin