vendredi 18 février 2011

Un instant ...





Nu provençal, saisi pendant l'été torride de 1949, dans une maison en ruines, à Gordes. Ronis a décrit précisément ce qui s'est passé (et il s'agit bien d'un roman rapide) : « Je bricole au grenier et il me manque une certaine truelle restée au rez-de-chaussée. Je descends l'escalier de pierre qui traverse notre chambre au premier. Sortie de sa sieste, Marie-Anne s'ébroue dans la cuvette (on va chercher l'eau à la fontaine). Je crie: « Reste comme tu es ! » Mon Rolleiflex est sur une chaise, tout près. Je remonte trois marches et fait quatre prises, les mains tachées de plâtre. C'est la deuxième que j'ai choisie. Le tout n'a pas duré deux minutes.
C'est ma photo fétiche, parue depuis lors sans discontinuer, ici et partout.
Le miracle existe. Je l'ai rencontré. »
La composition est magistrale, elle dit la vraie joie de vivre dont notre époque est si tragiquement et piteusement dépourvue. Là encore, musique: le miroir, la cuvette, le petit tapis, les craquelures du sol, voilà des cercles qui ne demandaient qu'à dialoguer. La fenêtre ouverte, le volet, le mortier, le pichet, la chaise se répondent dans la verticale (cette photo aurait ravi Cézanne). Tout vit, tout vibre doucement et veut être vu. Le corps nu est la résultante de cette magie matérielle. La lumière est là pour dire l'harmonie indestructible de l'ensemble (soleil sur les épaules, bénédiction du temps). On est tellement loin de l'imagerie exhibitionniste et grimaçante d'aujourd'hui qu'on se demande si ce conte de fées a pu exister. Ronis parle de « miracle ». Il a raison, c'en est un que seul celui qui en a vécu un semblable peut comprendre. 

Willy Ronis , Philippe Sollers 

13 commentaires:

  1. Je crois que nous sommes nombreux à guetter cet instant de grâce. Et malgré nos milliers de photos, nous le rencontrerons sans doute jamais...

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  2. c'est une photo exceptionnelle que tu nous fais découvrir, la lumière y est douce comme la joie qui en émane surtout quand on connait l'histoire de cette photo (que je découvre ici

    merci j'aime beaucoup

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  3. J'adore cette photo que je connaissais et je suis ravie de la retrouver ici ! Mais, ce que je ne comprends pas, c'est le lien avec Philippe Sollers, ce n'est tout de même pas lui qui a pris cette photo ? Dites moi tout !!!

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  4. Mathilde @ Philippe Sollers a écris la préface de son dernier livre Nus . C'est une partie du texte que tu retrouves ici .

    >>>Bon samedi à tous

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  5. Merci toi aussi passe un beau dimanche bye

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  6. Quand la photo prend une allure de tableau, le ravissement nous étreint.

    La chaise boiteuse me paraît tout aussi attendrissante que la dame à sa toilette.

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  7. Moi aussi, je connaissais cette photo, et moi aussi, j'ai toujours été touchée par cette harmonie et cette grâce qui s'en dégagent.

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  8. Sans commentaires.
    Sollers se suffit pour cette prise.
    La vérité réside dans l'instant.

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  9. " La photographie est une brève complicité entre la prévoyance et le hasard ".
    (John Stuart Mille)

    L'oeil constamment en éveil.

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  10. Bonnard le nabis "japonais " comme ses amis le nommaient a peint et repeint sa compagne nue à la toilette et la photo de Ronis est aussi d'une même approche
    Plaisir de lire le texte de Sollers

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  11. effectivement un moment de grâce !

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  12. C'est marrant cette photo me fait penser à une carte postale que j'avais quand j'étais plus jeune, je l'avais accroché pendant des années.... elle m'a suivit longtemps!
    Bonne journée à toi!
    Bisous

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